An diaoul ar Yeuc'h

Quand les marins de Douarnenez offraient au diable du Juch leur vielles chiques et leurs mégots.

Le regard est attiré par une statue de Saint Michel (l7ème Siècle) en armure de comédie, terrassant un étrange démon, célèbre dans la région sous le nom de “Diable du Juch“ (Diaoul ar Yeuc’h)
Ce pauvre diable d’aspect cocasse, avait naguère pour « dévots“ les marins de Douarnenez, Tréboul et Pouldavid qui lui faisaient généreusement l’offrande de leurs mégots et de leurs vieilles chiques, veillant à ce qu’il eût toujours entre les crocs une ample provision.
Nos braves marins attendaient-ils quelque grâce de leur « Protégé ». Qu’ils ravitaillaient de si bon cœur en tabac ?
Toujours est-il que ce diable a volé sa réputation : affalé aux pieds de l’Archange, qui brandit mollement un sabre de bois, il apparait beaucoup plus grotesque que terrible, avec ses cornes de taureau, ses oreilles de porc et ses sabots de cheval.

La légende du diable du Juch

En ce jour, les saints de Bretagne faisaient fête au Paradis. Devant la porte de la trinité, saint Ronan, saint Alor. Saint Herlé, saint Maudez et biens d’autres attendaient d’être reçus par le Père Eternel pour lui présenter leurs vœux. Saint Ronan de Locronan fut le premier appelé, saint Maudez du Juch, le dernier. Il formula sa demander :
Mon Dieu, il y a au Juch, une église, une des plus belles que l’on puisse voir du côté du couchant. Vers l’évêché de Cornouaille depuis les collines jusqu’au vallon de l’0det, il n’y a pas une autre comme celle de Maudez, mais le clocher est sans cloche si ce n’est un grelot qui ressemble davantage au fuseau d’une aïeule qui file sa quenouille, le soir, au coin du feu. Il n’en existe pas de plus petite, un enfant de trois ans pourrait la mettre en branle. Les passants rient ! Il est temps d’avoir dans mon église une cloche, une vraie, sans quoi vous verrez sans tarder la foi se perdre et les gens de la paroisse vivre dans le désordre.
Et Dieu lui répondit :
MAUDEZ, mon serviteur, vous serez exaucé. Le Juch aura la plus grande cloche du pays. Son timbre résonnera à travers toute la lande.
L’ETRANGER PORTE LA CLOCHE DE SAINT MAUDEZ
Quelques temps après, un soir une charrette cherchait à franchir les collines du Mont d’Arrée. Dix chevaux et dix mules, conduites par le riche propriétaire, Hervé du Juch, renommé dans toute la
Basse-Bretagne. Il rapportait de chez le fondeur la nouvelle cloche de Saint Maudez, si lourde, que la charrette, s`embourbait dans la lande de Yun Ellez. L`idée d`abandonner son engin et son précieux fardeau traversa l’esprit du seigneur quand soudain. Il vit un homme à la longue barbe, rampé devant lui. ”Seigneur, lui dit l`étranger, je viens pour vous donner du secours. Sans charrette et sans chevaux, je puis porter cette cloche de l’Ellez, å la demeure. Mais en retour.je vous demanderai de mettre dans votre église, une statue à mon effigie ».
Hervé demeura stupéfait devant le visage hideux du barbu où flamboyaient deux yeux rouge-feu. “Il vient tout droit de l’enfer, pensa Hervé, d’après sa face, il est clair qu’il n’est pas baptisé.
Ce doit être le frère de Lucifer ou alors son cousin germain ».
Il se demandait quelle réponse lui faire. « Passons marché avec le diable, décida-t-il, puisqu’il ne demande pas mon âme « . L’étranger s’empare’ alors de la cloche, la place sur son dos, tel un sac de plumes, en faisant jaillir le feu des cailloux du chemin. A force de galoper, voilà que le diable perd un fer et devint si boiteux qu’il fallut s`arrêter à la forge du maréchal-ferrant. Je ne sais si celui-ci connaissait bien son métier, mais il fit le fer gauche du diable à l’envers. Si un Jour, vous empruntez le chemin du Rohou, vous en verrez encore la trace qui, selon les dires, est le fer du diable ou celui de la mule.
C’est avant la lumière du matin que la nouvelle cloche de Saint Maudez fut placée tout là-haut, dans le clocher.
Au petit jour, le bedeau sien va tirer la corde pour sonner l’angélus.  » Sach an dien  » dit-il, devant une telle résistance.
Quel tour veut-elle me Jouer en ce saint Jour. Tôt ou tard, ma vieille amie, tu cesseras, tu cèderas « . Le vieil homme a beau tirer, la cloche ne bouge pas. La messe terminée, le bedeau, triste, s’en retourne chez lui et lève la tête comme pour dire adieu à la cloche. Mais que voit-il là-haut ? Oui, une énorme cloche ! C’était donc sur ça qu’il tirait. Le bruit ne tarde pas à se répandre dans tout le pays, tout le monde accourait pour voir la merveille. Désormais, il fallut cinq hommes pour tirer la cloche qu’on entendait, dit-on, jusqu`à la Pointe du Raz.
HERVE, lui, n’oublia pas sa promesse et appela à Locronan un sculpteur de bonne renommée. Il restait à trouver un modèle pour sculpter son saint damné.  » Le diable n’est pas un saint, conclut l`artisan, ce n’est pas le même travail. Il pensa au meunier du Juch, un homme bon et honnête qui avait une figure à épouvanter les corbeaux. On le surnommait  » avaleur de vent  » à cause de ses oreilles, aussi longues que celles d’un lièvre. Le sculpteur était content de sa trouvaille : « C’est d’après lui que je ferai ma statue, Je n’ai jamais vu le diable, mais il ne peut pas être plus hideux que ce brave meunier « . Sa tache achevée, il l’apporta au seigneur, puis on alla derechef placer la statue sur un trône, sous Saint-Michel, à la demande de M. le Recteur. Depuis lors, on voit le diable figurer parmi les saints de l’église du Juch, grinçant des dents devant les visiteurs.

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Autres légendes

La pierre des empreintes du diable : « Non loin de la carrière du Roc’hou, au milieu du chemin qui conduit au Juch, presqu’en face du Gazek C’hlaz, se trouve une pierre usée par les pieds des passants, portant deux empreintes bien nettes, orientées en sens opposé, qu’on prendrait pour des traces de sabots de cheval ou de mulet mal ferré. Cette pierre a sa légende. On dit que le diable, en punition d’un de ces mauvais coups dont il est coutumier, fut un jour condamné par le Bon Dieu à transporter la grosse cloche du Juch depuis sa fonderie jusqu’à son lieu de destination. Il chargea la cloche sur ses épaules, et comme il venait de très loin (on ne dit pas d’où) et que la cloche était bien lourde, arrvivé à cet endroit du chemin, le souffle lui manqua. Il s’arrêta sur cette pierre pour reprendre haleine. Or la cloche pesait si lourdement sur ses épaules que ses sabots pénétrèrent dans le roc comme dans de l’argile, et comme il était mal ferré ce jour-là (…), une des empreintes indique qu’il marchait vers Le Juch, tandis que l’autre indique la direction de Locronan. (…) Aujourd’hui la fameuse pierre légendaire n’existe plus. Les carriers du Roc’hou l’ont fait sauter à la dynamite pour aplanir la route et faciliter l’accès à la carrière. Ainsi s’en vont peu à peu les belles légendes bretonnes que nos ancêtres nous avaient léguées ».

La cloche et le diable : Il y avait au Juch une des plus belles églises qu’on puisse voir, celle de saint Maudet ; mais le clocher était sans cloche, si ce n’est un modeste grelot. Un gentilhomme, Hervé du Juch, riche de rentes, avec le meilleur char de sa remise et les meilleurs chevaux de son étable, alla chercher la cloche neuve de saint Maudet (l’église du Juch était dédiée à saint Maudet) ; mais son char s’embourba dans le marais de l’Ellé.Il vit devant lui un homme à la barbe longue (son visage était effrayant et au bout de ses pieds, il portait de la corne) qui lui dit : « Pour vous porter secours, je vous porterai votre cloche, je sais qu’elle est lourde, du marais d’Ellé jusqu’à votre église. En dédommagement, je vous demande seulement d’avoir un jour mon image ». Hervé du Juch refusa d’abord, mais embourbé au milieu du Mont d’Arrée sans personne d’autre pour lui porter secours, il finit par accepter. Le diable chargea la grande cloche sur ses épaules. Dans le chemin creux qui passe près de Roc’hou, le diable fit une pause (il laissa ses empreintes sur la roche sur laquelle il se reposa). Le lendemain matin, le bedeau vit la cloche déjà installée dans le clocher. La première chose que fit Hervé quand il rentra au château du Juch, fut d’appeler le meilleur sculpteur de la région pour faire la statue promise ; le sculpteur s’inspira du portrait d’un vieux meunier et elle fut placée dans l’église, mais sur l’avis du recteur, sous la statue de saint Michel. Depuis on la voit là, au rang des saints ; les gens se pressèrent en foule pour venir voir « le diable du Juch ». Cette statue n’existe plus désormais, mais elle a été remplacée par une autre.